samedi 15 juillet 2017

La Provence à Paris (II) - Léo Coren

Après notre premier épisode consacré à Firmin Delrieu, nous ne saurions passer sous silence la personnalité du second témoin de mariage de Frédéric Grégoire, le très singulier Léopold Coren, lui aussi musicien d'origine provençale...

Léopold Coren est né le 26 juillet 1877 à Salon de Provence. La petite ville de Provence profite de l'ouverture récente d'une ligne de chemin de fer et vit un remarquable essor économique. Elle prospère tout particulièrement du commerce de l'huile d'olive et du savon. Fils de négociants aisés, le jeune Coren fréquente les salons cossus de la bourgeoisie locale : les comptes rendus de quelques-unes de ces amicales sauteries nous sont parvenus dans la Vedette de Marseille. On y découvre qu'il fait preuve de talents musicaux bien affirmés : là il tient les orgues lors d'un mariage distingué[1], ici on donne une de ses pièces[2]. On le retrouvera plus tard à l'inauguration de la fastueuse salle de concert de la villa Armieux à Salon, en 1908, inauguration au cours de laquelle Mme Armieux interprétera elle-même deux actes de Thaïs, avec la complicité de quelques invités et accompagnée par l'orchestre de la ville[3].

Ce brillant jeune provençal monte assez vite à Paris, où il se fait connaître comme musicien, aussi bien compositeur qu'exécutant, et aussi dans une moindre mesure comme journaliste et dramaturge. On n'a que peu de textes de sa main : ici il est fait mention d'une pièce de théâtre, étrangement intitulée En bégayant, et donnée au théâtre de Cluny[4], là on rencontre un article dans un périodique...

Le jeune artiste a une fibre sociale affirmée. Il contribue 5 fr. à la souscription pour l'érection d'un monument en honneur d'Emile Zola[7]. Il dirige la partie lyrique d'une soirée d'art social précédée d'une conférence du poète P. V. Roinard. Généreux et hospitalier[5], il a l'amitié facile. Ainsi en 1903 il s'entremet pour aider un camarade "victime du militarisme"[6]. Il fréquente le milieu des artistes, et tout particulièrement la famille Deluermoz, Savoyards émigrés qui donnèrent à Paris plusieurs artistes de premier plan. Parmi les membres de la fratrie, les plus connues furent deux des soeurs cadettes, Jeanne Delvair (née en 1877) et Germaine Dermoz (née en 1888), qui menèrent de brillantes carrières d'actrices, tandis que leur frère, Henri (né en 1876), peintre animalier, fut tout comme Brouet lui-même l'un des protégés de l'éditeur Frédéric Grégoire. Leo Coren épousera l'une des aînées des filles Deluermoz en la mairie du XVIIIème arrondissement de Paris en janvier 1904, légitimant à cette occasion deux enfants. Son épouse porte le prénom assez rare de République Française, prénom qui illustre assez les idées du père Deluermoz. A sa décharge, il faut dire que la demoiselle est née boulevard de Strasbourg, à Paris, le 18 janvier 1871, circonstances qui appelaient aux débordements patriotiques les plus irraisonnés.

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Une Panhard-Levassor de 7 ch, datant de 1903 - Montagu Motor Museum

Il ne faut pas penser cependant que Léo Coren est un artiste qui tire le diable par la queue. A une époque ou l'automobile est un luxe, on le voit mettre en vente à Paris sa Panhard 7 chevaux Phenix[8]. Plus tard, en 1908, c'est à Salon qu'il se propose de céder une limousine de grand luxe de 24 chevaux[9]. Il faut donc croire que les affaires de la fabrique d'huile marchent bien, et qu'il n'est pas dans le besoin. A vrai dire, ce musicien et homme de lettre est aussi animé d'une véritable passion pour la mécanique : il semble que tout ce qui peut être propulsé par un moteur l'attire. Son automobile, il ne la conduit pas : il la pilote. Il participe ainsi à des courses, dont le meeting de Salon de 1908, où il termine 1er de sa catégorie en bouclant les 5 kilomètres en 2 min 43 s, soit tout de même une moyenne de 110 km/h[10]. Sa curiosité semble d'ailleurs sans borne. Le nautisme motorisé l'intrigue également : il écrit ainsi en 1901 un compte rendu[11] qui commence par ces mots

Le moteur léger qui a permis à M. Santos-Dumont de tenter la conquête de l'air, après avoir permis aux "chauffeurs" de s'attirer la malédiction universelle, est en train d'opérer, grâce à un dispositif particulier, une petite révolution dans la navigation fluviale.

et qui est consacré au développement du "propulseur universel amovible", plus connu de nos jour sous l'appellation de moteur hors bord. L'invention suscite son admiration par sa légèreté et l'agilité qu'il confère à toute sorte d'embarcation.

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Portrait photographique de Léopold Coren - vers 1918

Enfin, il s'intéressa - naturellement - à l'aviation, et ce dès 1910. S'étant initié au pilotage des avions[12], il rejoint la base de Cazaux peu après le début de la guerre. C'est là, au bord du lac, qu'on met sur pied la formation des pilotes. Les appareils sont d'ailleurs des hydravions. Il fut un temps instructeur puis rejoignit la base d'hydravion d'Alger en 1917. C'est là qu'au cours d'une reconnaissance, accompagné de l'enseigne Darchis de Lantier, il découvre un sous-marin allemand en embuscade. Le bâtiment esquisse une canonnade puis essaye de prendre la fuite en plongée, mais un habile lâcher de bombe - opération très manuelle à cette époque - fait de Coren le premier pilote français à couler un sous-marin au cours d'une attaque aérienne[13]. Ce fait d'armes, qui tient assez du combat de dinosaure, lui vaudra la Légion d'honneur.

Notes:

[1]  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5673736b/f7

[2]  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k56851773/f8

[3]  http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k55971414/f6

[4]  [Annuaire de la Société des Auteurs Compositeurs, 1911, p. 566]

[5]  une carte de visite annotée d'un texte plein d'humour témoigne de son hospitalité et de son esprit de camaraderie

[6]  [L'Aurore, 8 février 1903] - Il habite alors 6 place de la Sorbonne, avant de se fixer plus tard au n° 8 de la rue Vivienne.

[7]  [L'Aurore, 16 octobre 1902]

[8]  2 allumages, châssis surbaissé, tonn[eau à ballon] démontable, phare, lanternes, access. , pneus neufs. [Revue du Touring Club de France, août 1904] - voir ce catalogue.

[9] Limousine démont. pneus 120, parf. et.  [Revue du Touring Club de France, juin 1908]

[10]  [Le Journal, 11/09/1908]

[11]  [Le Magasin Pittoresque 1901] - c'est l'année au cours de laquelle Santos-Dumont tente de remporter un concours de vitesse en dirigeable motorisé.

[12] "[Coren] s'intéressait à l'aviation depuis 1910 ; il avait déjà effectué de nombreux vols lorsque la guerre fut déclarée. Cependant, il n'avait pas encore son brevet, qu'il passa en mars 1915 au centre d'aviation de Pau." [Le Petit Parisien, 30 juillet 1922] - c'est précisément cette année-là que les aéroplanes motorisés se multiplient, en particulier grâce au prosélytisme de Santos-Dumont lui-même.

[13] La guerre aérienne illustrée, 13 septembre 1917.

lundi 15 mai 2017

Un courrier de Georges Grignard

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Alors que les récents évènements politiques ont mis à nouveau en relief certaines questions de société, et tout particulièrement le rôle social du travail et son organisation, voici une missive inattendue par laquelle notre ami Georges Grignard se rappelle à notre bon souvenir.

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mardi 21 mars 2017

Henri Labrosse (1893-1917)

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Une contribution mémorielle personnelle, sans lien avec le thème principal de ce blog, si ce n'est la remarquable qualité graphique de cette photo d'amateur.

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mercredi 15 mars 2017

Le dernier jour de Charles de Bordeu

Deux pêcheurs au bord d'un cours d'eau

J'ai longtemps cru que l'identité de Gaston Boutitie, l'éditeur d'art qui publia en 1918 l'édition du Feu, de Barbusse, illustrée par Renefer, et en 1923 le catalogue raisonné de l’œuvre gravé de Brouet, resterait à tout jamais drapée dans un épais mystère. Mais voici que, tout comme celle de Frédéric Grégoire, elle se dévoile - en partie - à nos yeux.

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dimanche 15 janvier 2017

Pendant la Grande Guerre

Deux pêcheurs au bord d'un cours d'eau

L'année 1914 laissait présager d'un intérêt croissant de l'amateur pour les estampes originales en noir de Brouet. La déclaration de la guerre donna une toute autre tournure aux évènements, même si en août 1914, Brouet, qui est âgé de 41 ans, n'est pas appelé sous les drapeaux.

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dimanche 1 janvier 2017

Meilleurs vœux !

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Les oeuvres reproduites dans cette composition sont parvenues jusqu'à nous par l'enthousiasme de différents amateurs, dont le premier d'entre eux, Georges Grignard... ! Cette carte est donc dédiée à tous les amateurs des œuvres de Brouet.

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Season's greetings!

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A compound of Brouet artwork, passed down over roughly a century by a series of Brouet enthusiasts, starting with the most prominent of them, Georges Grignard himself... I personnally thank them all!

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mardi 15 novembre 2016

La Provence à Paris (I) - Firmin Delrieu

une page de titre de livre

Où, en explorant le cénacle du jeune Frédéric Grégoire, on rencontre un chanteur provençal et on donne sens à une expression énigmatique tombée sous la plume d'un biographe.

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jeudi 15 septembre 2016

Sous le signe de Bignou

un homme en costume dans un bar, un shaker à la main

En 1922, la trajectoire météoritique d'Etienne Bignou, marchand bien connu dans l'entre-deux guerres, croise brièvement le chemin d'Auguste Brouet. On en examine les traces.

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samedi 25 juin 2016

Le Calamiste Alizé, l'auteur

Portrait d'un homme assis

En 2011, au sujet de Louis de Gonzague Frick, Sarane Alexandrian écrit :

Dans les pages de notre revue surgit cet être délicieux, sur qui tout le monde fait silence...

Entre l'auteur du Calamiste Alizé et Auguste Brouet on est tenté de tracer un parallèle inattendu.

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