dimanche 15 juillet 2018

Gaston Eychenne

"But he [Brouet] had some friends, notably Georges Godin and Gaston Ey’chenne, both of whom died prematurely. They were engravers, the latter of great delicacy."

Clément-Janin, in Print Connoisseur, vol. 5, janvier 1925.

La phrase de Clément-Janin, anodine, m'a longtemps laissé perplexe. Qui est Gaston Ey'chenne ? On ne le trouve guère dans les dictionnaires d'artistes, à l'exception de l'IFF[1] avec cette note laconique :

Ey'chenne (Gaston) : peintre graveur qui a travaillé pour l'éditeur Hessèle. Il a exposé au Salon vers 1900 des eaux-fortes en couleur intéressantes.

Adresse d'Hessele - Les Petites Legrand, non terminé, 1902.

Si l'on ajoute une courte notice de Bourcard, qui, en traçant son panorama A travers Cinq Siècles de Gravures[2] , précisément publié en 1903, passe d'Ensor à Fantin-Latour en s'arrêtant un instant sur l'eau-forte d'Ey'chenne Le papillon jauneune habileté de main exceptionnelle et des effets de coloration absolument délicieux — on aura parcouru l'ensemble de ce que les ouvrages de référence disent de cet artiste.

estampe avec un papillon
Le papillon jaune - 1902.
Eau-forte en couleurs, avec métallisation et gaufrage,
de Gaston Ey'chenne.
BNF, Paris.

Et Bourcard d'ajouter :

L’artiste est mort à Germain-en-Laye le 13 mai 1902 d’une angine de poitrine, en pleine jeunesse, il avait à peine 25 ans [en fait 29] !

Ey'chenne disparut ainsi pendant ce Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts[3] auquel il contribuait cette année là avec deux eaux-fortes, Petite panthère et justement ce Papillon jaune - gaufré et reflets métalliques. Et ce n'était que sa deuxième participation ! L'année précédente[4] , il avait exposé une Jeune fille, vêtue de noir, une eau-forte... en couleur, naturellement, ainsi qu'une Marchande de pommes de terre (Audierne), en trois planches repérées, gaufrée et argentée.


harlet scène d'enfants
Les petites Legrand - 1902.
Eau-forte en couleur  de Gaston Ey'chenne.
BNF, Paris.

A titre posthume, Les petites Legrand, eau-forte non terminée, donc, furent exposées au Premier salon de l'estampe originale en couleur[5] , en 1904, et acquis par l'Etat[6]. Puis le nom d'Ey'chenne disparut rapidement. En regardant cette grande eau-forte, son sujet ; en songeant aux recherches chromatiques de l'artiste, et à sa disparition si précoce, on ressent de lointaines résonances avec l’œuvre et le destin d'Henri Evenpoel[7] .

Si Clément-Janin évoque Ey'chenne en 1925, c'est peut-être à cause de la récente disparition de Godin lui-même, en 1917. On ne décrira pas la carrière de Godin ici, qui, d'une toute autre nature, mériterait une étude en propre. Il jouissait d'une fortune personnelle assez considérable et apparaît plus comme un littérateur engagé que comme un artiste abouti. Mais pour cette raison même que nombre de ses amis étaient critiques d'art ou publicistes, le Godin artiste fut en son temps l'objet d'une littérature assez abondante, alors même que de ses oeuvres ne subsistent plus que quelques reproductions dans les revues d'art du début du siècle.

Nous nous intéresserons ici un peu plus à ces relations d'art, et tout particulièrement à ce groupe, à Saint-Germain-en-Laye, l'Esthétique, qu'il fonda et anima quelques temps[8] . Leur mot d'ordre ? libérer l'Art des carcans académiques, le rendre accessible à tous, toutes idées qui semblent procéder du Aesthetic movement britannique. Godin milite ainsi pour l'estampe en couleur, l'éducation artistique, la décentralisation de l'art, et fonde une revue, intitulée... Le Mouvement Esthétique[9]. [La revue semble n'avoir été publiée qu'à trois numéros, en 1902].

Qui sont les membres de ce groupe ? On rencontre Gabriel Mourey, qui collabore à Studio (Londres) — les noms de Godin, et quelquefois d'Ey'chenne, apparaissent à plusieurs reprises dans cette revue sous la plume de Mourey — et André Mellerio, l'auteur de La lithographie originale en couleur et co-éditeur de l'Estampe et l'affiche, avec... Clément-Janin. Le nom de Maurice Denis apparaît également parmi les proches.

Donc quand Clément-Janin mentionne Ey'chenne et Godin, on doit supposer que c'est d'artistes qu'il a directement connus qu'il parle, et on doit considérer ses affirmations avec sérieux quand il précise[10] :

At this time he [Brouet] lived at Saint-Germain[-en-Laye], in the same house with the painter, Maurice Denis. He lived on the proceeds from the sale of his paintings, and occasional commissions for commercial work. But he had some friends, notably Georges Godin and Gaston Ey’chenne [...] It was thus easy for his two friends to influence Brouet to take up the needle and acid.

On a déjà constaté par ailleurs l'intérêt des détails que Clément-Janin apporte, et leur crédibilité, tout en soulignant les difficultés que présente cet article, dont le texte anglais a été établi à partir d'un original français par un traducteur ignorant de son contenu, et qui semble avoir travaillé à partir d'un manuscrit peu lisible[11]...

S'il n'a été possible de démontrer que Brouet ait jamais habité à Saint-Germain-en-Laye — et quelles traces pourrait laisser un artiste inconnu, jeune, et pauvre ? — par contre on trouve que la dernière adresse de Ey'chenne, en 1902[12] [selon le catalogue du Salon] est le 3 rue de Fourqueux, adresse où résida assez longtemps le jeune Maurice Denis. Cette observation fait assez directement écho à l'affirmation de Clément-Janin. Quand à la suite, elle s'accorde assez avec la chronologie que l'on devine par ailleurs : peintre et dessinateur jusqu'à ses 25 ans, Brouet passe à l'eau-forte — en couleur — vers 1897-1898, comme Ey'chenne, et les premiers ensembles de planches aboutis apparaissent vers 1902.

A l'aune de ce qu'on peut deviner d'Ey'chenne et Godin, la remarque de Clément-Janin est donc une notation intéressante, et qui paraît cohérente avec ce qu'on devine par ailleurs de cette période plutôt obscure de la biographie de Brouet. Peut-être des éléments nouveaux pourront un jour la confirmer...

Notes:

[1] que l'on peut lire ici.

[2] consultable ici.

[3] voir ce catalogue.

[4] et celui-ci.

[5] à la galerie Georges Petit, sous la présidence de Raffaëlli.

[6]  plus exactement, la famille en fit don (Archives nationales F/21/6972, année 1904).

[7] qui ironiquement se trouve juste avant lui à l'IFF.

[8] sur le groupe l'Esthétique, de Saint-Germain en Laye, voir par exemple cet entrefilet.

[9] que l'on peut lire ici.

[10]  Clément-Janin, in Print Connoisseur, vol. 5, janvier 1925.

[11] voir ce billet antérieur.

[12] voir note 4.

mardi 15 mai 2018

Octave Bernard et l'autre (face de l')Estampe Moderne - II

Menu du Cornet, mars 1929

En 1929, notre éditeur d'art et auteur dramatique amateur est définitivement admis comme membre de la goguette - pardon, la Société Artistique et Littéraire - Le Cornet, occasion d'évoquer une autre facette de sa personnalité.

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jeudi 15 mars 2018

Une eau-forte nouvelle d'Auguste Brouet

Marchande

Événement rare : non pas (seulement) une victoire du Quinze de France, mais, encore plus insolite, une estampe inédite de Brouet. Jusqu'ici parfaitement inconnue, elle vient de refaire surface il y a quelques semaines, à Tours.

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lundi 15 janvier 2018

Octave Bernard et l'autre Estampe Moderne - I

harlet scène d'enfants

Samedi 3 juillet 1926 - il y a un banquet au Vieux Logis, 33 rue Lepic, au coin de la rue de Maistre. On y fête un évènement de première importance : la nomination au grade de Chevalier de la Légion d'Honneur de l'administrateur-directeur de la Société l'Estampe Moderne, Octave Bernard.

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lundi 1 janvier 2018

Meilleurs voeux !

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Une carte de vœux toute en couleur cette année, pour évoquer les innombrables gravures de reproduction en couleur que Brouet grava au cours des années, et dont nous venons de mettre une liste en ligne récemment...

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Vous y trouverez toutes les gravures de reproduction qui figurent sur cette carte, d'après des œuvres de Millet, Rembrandt, Watteau, Abel-Truchet, Gainsborough, Whistler, Dumaresq, Deutsch, Woog, et bien d'autres encore !

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Season's greetings!

carte_2018_s.png

This year, the Brouet greeting card is unusually vibrant with colors, in tribute to the numerous reproduction etchings in color crafted by the artist over the years, and all illustrated in this recently published list...

carte_2018_s.png

Color etchings after Millet, Rembrandt, Watteau, Abel-Truchet, Gainsborough, Whistler, Dumaresq, Deutsch, Woog are shown on the card, and many more can be found on the list!

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mercredi 15 novembre 2017

Gravure de reproduction et débuts discrets

Turner_Polypheme.jpg

A l'occasion de la mise en ligne d'une liste des estampes de reproduction gravées par Brouet, nous apportons quelques précisions sur la chronologie des débuts de l'artiste.

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vendredi 15 septembre 2017

L'amateur

Boulanger75.jpg

La renaissance de l'eau-forte d'artiste est un phénomène périodique. Celle de 1900 suscita la vocation de Brouet pour l'eau-forte originale, dans laquelle son talent s'épanouit pour  lui apporter vingt ans plus tard notoriété et attention du public. Effet de mode, comme dirait Baudelaire, que ce renouveau de l'eau-forte, mais aussi fruit du travail des artistes, des marchands et des journalistes, et in fine choix de l'amateur. C'est celui-ci que nous rencontrons aujourd'hui.

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samedi 15 juillet 2017

La Provence à Paris (II) - Léo Coren

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Après notre premier épisode consacré à Firmin Delrieu, nous ne saurions passer sous silence la personnalité du second témoin de mariage de Frédéric Grégoire, le très singulier Léopold Coren, lui aussi musicien d'origine provençale...

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lundi 15 mai 2017

Un courrier de Georges Grignard

Grafton_Malaunay.jpg

Alors que les récents évènements politiques ont mis à nouveau en relief certaines questions de société, et tout particulièrement le rôle social du travail et son organisation, voici une missive inattendue par laquelle notre ami Georges Grignard se rappelle à notre bon souvenir.

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