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Portrait de Georges Grignard,
eau-forte d'Auguste Brouet

Georges Grignard est né le 16 janvier 1857 à Bordeaux où son père, Paul, est négociant. La famille s'installe peu après aux Etats-Unis. Blanche, sa soeur nait en 1863 à New-York. En 1871, Georges est l'un des premiers élèves du collège catholique Saint-John, qui fut fondé en 1870. On peut supposer qu'il fut un bon élève : en tout cas, il fut lauréat d'un prix de grammaire. Naturalisé américain en 1879, il travaille à New York dans le commerce maritime. De retour en France, il habite à Paris, d'abord au 86 rue Lafayette, puis au 48 rue Saint-Ferdinand. Il se marie en 1884 avec Anna Abend. Négociant en tissus imprimés, il semble être représentant en France des calicos et indiennes F.W. Grafton. Ses bureaux sont situés au 2 rue Blanche, mais on le trouve parfois en Angleterre où il semble voyager pour le besoin des affaires. Mais nous nous intéressons à lui pour son violon d'Ingres : comme il l'écrit avec modestie

Vous voyez que j'en pince toujours pour l'art.

En effet à travers les quelques lettres qui ont été préservées de sa correspondance au marchand d'estampe Sagot on perçoit ses jugements d'amateur d'art et d'homme d'affaires. Ces lettres reflètent tout particulièrement sa généreuse empathie pour les artistes jeunes ou modestes. Ainsi en 1906, à la demande de Sagot, qui recherche de bons retoucheurs artistes, pouvant donner un cachet personnel indéniable aux gravures en couleurs il lui conseille, non sans humour, l'ECOLE des ARTISTES RETOUCHEURS pour la PHOTOGRAPHIE, lui assénant ce brillant aphorisme

l'artiste raté est déjà un artiste, il est toujours préférable au non-artiste réussi ! (...) Je me permets donc de recommander ces intéressants bipèdes à votre tendre sollicitude, et par ainsi, les caser dans votre honorable maison.

En 1908, il demande à Sagot l'adresse de jeunes artistes faisant des croquis et dessins pour affiches et réclames industrielles.

Timbre de la collection de Georges Grignard

Quant à Brouet, Grignard assemble avec passion son oeuvre gravé complet, pour lequel il lui demande aussi un frontispice. Le timbre humide qu'il appose sur ses épreuves et ses dessins est reproduit ci-contre. Et c'est donc sans grande surprise qu'on voit Grignard s'entremettre pour le faire percer. Grignard correspond avec l'artiste pour obtenir des détails sur les titres ou les états, et s'attelle à la rédaction d'un catalogue. De ses essais pour cet ouvrage, il nous reste deux séries de fiches manuscrites (BPL). Il attire aussi l'attention du conservateur du département des estampes de la BNF sur les travaux de Brouet

j'ai porté à Courboin, à la Bibliothèque Nationale un joli choix de gravures et de dessins de cet ami sur son désir (désir de Courboin) et cela a plus qu'épaté le Monsieur. Il m'a dit que c'était plus fort que du Whistler et il veut acheter des épreuves pour la Bibliothèque dont le choix serait fait par Brouet lui-même.

Grignard fournit aussi les illustrations, et et très certainement certains éléments biographiques, pour deux articles de presse, en 1914 (Art et Decoration 1914), et encore en 1920 (Studio, 1920).
Vers 1921, Grignard semble se tourner vers d'autres intérêts. Sa collection d'estampe s'arrête à cette date. On perd la trace de ses activités, et c'est d'ailleurs plutôt par l'entremise de Frédéric Grégoire et de Gaston Boutitie que Brouet atteindra, presqu'involontairement, la notoriété. Le 20 Avril 1929 se tint une vente au cours de laquelle un bel ensemble de dessins de Brouet provenant de la collection Grignard est proposé. La réunion exceptionnelle de gravures de Brouet que Grignard avait assemblée fut achetée à une date inconnue par Albert Wiggins. On ignore dans quelles conditions, et si un rôle a été joué par Heintzelman, ou par Sagot, à qui Grignard écrivait

J'ai fait mon testament, votre nom est dedans, pour conseiller ma femme sur les gravures et vous charger au besoin de leur vente, cela vous fera penser un peu à moi.