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Toute la délicatesse vaporeuse de l'aquatinte, tout juste modelée par quelques rapides inflexions à la pointe sèche : une évocation de futurs énigmatiques ? Une danseuse scrute l'outre-rampe, une autre se retourne comme saisie d'une dernière hésitation. Un épais trait carré les sépare, le long duquel la scie du graveur va bientôt diviser la planche en deux estampes. De même nous quittons 2020 en scrutant les nébulosités évanescentes d'une année nouvelle !

Certes la lente érosion du nombre annuel de billets sur Brouet se poursuit... la production ne s'élève guère qu'à deux unités pour 2020... Mais la difficulté d'accès aux archives et l'attrition de la matière brute entraînent une maturation plus longue qui, paradoxalement, produit des billets plus fournis, voire touffus. Cette année, deux personnages mystérieux se sont révélés un peu plus nettement à nos yeux. Après Grignard, l'industriel hyperactif devenu mécène désintéressé, voici Quignolot, le pédagogue au classicisme impeccable qui inculque à toute une génération d'artiste légèreté du crayon et liberté d'esprit : comment mieux entrer dans un siècle nouveau ?

En 2021, la production ne devrait pas ralentir ! Nos fidèles lecteurs auront ainsi bientôt l'occasion de mieux connaître voire découvrir l'illustration que Brouet donna pour un livre fameux : j'avais promis cette analyse le... 15 août 2019. Toute sa production n'est pas également remarquable dans ce domaine, mais celle-ci vaut le coup d'oeil... et nous permettra également de replacer notre artiste dans le foisonnement créatif des années vingt. J'ai aussi presque fini la liste de ses eaux-fortes originales en couleur, qui va donc enfin paraître dans les pages documentaires. Elle y rejoindra la liste des œuvres de reproduction, qui va elle-même s'allonger un peu...

Enfin, invisible encore, mais grosse d'avenir, une révolution s'achève ! Pour établir le catalogue, j'ai enfin réussi à me défaire de mon précédent logiciel, OpenOffice, qui ne me permettait plus d'entretenir et encore moins de faire croître la base de données. Le gros œuvre d'un nouveau système est désormais terminé. Il s'appuie sur un logiciel de gestion de collections muséales en accès libre (du moins financièrement parlant ; ça reste un peu technique à la prise en main...), Collective Access - appellation prometteuse, on voudra bien en convenir - et qui semble utilisé assez largement par les institutions publiques à travers le monde. Je vais donc pouvoir à nouveau mettre à jour les notices et les enrichir des informations et remarques que vous m'apportez chaque année plus nombreuses ! Les nouvelles pages (illustrées !) qui décrivent la Fruitière et les Baraques de la zone, restées longtemps quelque peu déshéritées, témoignent déjà de cette esprit de jouvence.

Par ailleurs, une fois les inévitables étapes de rodage surmontées, je mettrai le logiciel lui-même en ligne. L'amateur d'estampe au tropisme taxonomique aura alors à sa disposition un outil moderne, robuste, fonctionnel et gratuit pour décrire l’œuvre de son artiste favori et ainsi contribuer grandement à le tirer de l'oubli dans lequel il est inexplicablement resté depuis tant d'années ! CollectiveAccess lui permettra aussi de partager librement ces trésors d'esthétique et d'érudition sur la toile, s'il le désire, tant pour sa propre satisfaction morale que pour le bénéfice du connaisseur avide d'élégances graphiques ou intellectuelles. On se souviendra alors opportunément que Grignard, philanthrope anglophile, grand amateur de technologies d'avant-garde - il fut adepte dès leurs débuts de la bicyclette et de la photographie - et par dessus tout collectionneur de l’œuvre de Brouet, fut aussi son premier catalographe. Nul doute qu'il se serait précipité...

Avec ces auspices cybernétiques et cet élan de renouveau, je vous souhaite à tous une excellente année 2021 !