L'année 2025 a surtout vu la rencontre -- pour le coup totalement inattendue -- avec Raphaël de la Grillière, camarade de régiment et soutien inconditionnel de Brouet pendant ses premiers pas dans la carrière des arts. Avec la Grillière se comble la dernière lacune biographique. Même s'il reste troué comme le paletot du chiffonnier sortant de sa baraque de Saint-Ouen, le panorama biographique de notre artiste, depuis 1872 jusqu'à 1941 est désormais, dans ses grandes lignes, complet. Ne reste plus donc qu'à le recomposer a partir de plus de 10 ans de billets épars... De quoi occuper encore quelques années, surtout qu'on ne manquera évidemment pas de rapiécer à l'occasion !
De façon plus discrète et pédestre, la fin de l''année 2025 a vu la mise à jour du catalogue vers une version plus récente du logiciel, qui a nécessité un travail forcené de re-écriture des fonctions avancées du site. Alors que les fonctionnalités sont restées les mêmes, les moteurs utilisés sont désormais plus robustes. Cette fiabilisation du catalogue ne laisse donc plus à désirer qu'un ultime effort : le recensement complet des illustrations.
Je les avais laissées un peu à l'écart, mais c'est désormais l'occasion de mener une réflexion sur la relation entre ces estampes et le reste de l'oeuvre, en adoptant un angle d'approche différent. A titre d'exemple, voici le diptyque inventé par Brouet pour clore le roman L'Apprentie de Gustave Geffroy.
Les deux sœurs apparaissent à l’accomplissement de la brève destinée à laquelle Geffroy les a chacune vouées. La malheureuse Céline incarne l’un des topos de la littérature réaliste : son environnement matériel, sa tenue d'un clinquant sans équivoque et son apparence physique donnent à voir l’irrémédiable déchéance dont chaque étape a marqué le récit. Cécile, en revanche, est campée en anti-héroïne naturaliste : ouvrière sage, fraîche et industrieuse, elle s’est rendue maîtresse de sa destinée par un apprentissage patient de savoir-faire pratiques et par le respect de la place que la société lui assigne, assurant son avenir moral et matériel à l’écart des engagements affectifs. L'examen des sources permet de supposer que la trajectoire de Brouet a emprunté un peu à chacune des sœurs, la réalité vécue par l'artiste pauvre se révélant plus complexe que la dichotomie imposée par un écrivain réformateur dans le contre-emploi d'un roman naturaliste somme toute résolument moral et optimiste : il était donc particulièrement indiqué pour en assurer l'illustration.
Et sur ce, je vous souhaite une excellente année !
